Mais où est le chat du rabbin ?

En tant que chat, j’ai une tendresse particulière pour Joann Sfar auteur du magnifique Le chat du rabbin, film d’une grande intelligence, plein de poésie et de tendresse que je regarde souvent.

Joann a pris récemment position sur l’immonde graffiti inscrit dans la nuit de vendredi à samedi sur une boutique de l’île Saint-Louis. Je partage sa colère et son émotion, les mêmes sentiments m’étreignent à chaque agression antisémite que les médias daignent nous communiquer. Je partage la crainte de tous mes compatriotes juifs devant l’incroyable regain de cette maladie de l’âme et de l’esprit. Au-delà de ses victimes directes, elle est invariablement le signe d’un recul de la liberté : « les juifs sont les canaris de la mine » : quand on commence à s’attaquer à eux c’est qu’il est temps de s’inquiéter pour la démocratie. Si je partage son émotion, je ne partage pas son analyse, loin de là.

Quoi qu’il en dise, dans une mise au point faite aujourd’hui, c’est bien les gilets jaunes qu’il vitupère dans sa première publication, ou alors les mots n’on plus de sens : « jamais une formation ou un syndicat n’a aussi unanimement refusé de réprouver de tels débordements. » De qui parle-t-il au juste dans ce passage ? Mais peu importe, ce qui est patent c’est que pour lui ce mouvement est responsable de l’état d’esprit qui a permis cet acte. Comment peut-on affirmer une telle contrevérité sans avoir le rouge qui monte au front ? Les actes antisémites et de bien pires que celui-là ont littéralement explosé depuis plus de quinze ans : Les territoires perdus de la République a paru en 2002, il y a plus de quinze ans. L’horrible boucherie perpétrée par Merah à l’école Ozar Hatorah date d’il y a bientôt huit ans. Où était Joann Sfar quand on criait « Mort aux juifs » dans nos rues au prétexte de défendre la Palestine, et où étaient les gilets jaunes à cette époque ? Où étaient-ils quand Alain Soral a été pris en photo en train de faire une quenelle devant le mémorial de l’holocauste en 2013 ?

« Mais Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? Quand on l’approuve et qu’on y souscrit. »

M. Sfar devrait méditer cette maxime de Bossuet, avant de parler de la haine de l’immigré des gilets jaunes. Les gilets jaunes en général, pas plus que les Français, ne haïssent qui que ce soit, mais ils ont des yeux pour voir, voilà tout. La haine bien réelle des immigrés musulmans pour l’Occident et les juifs est une chose tout à fait tangible et sanglante, l’assassin de Myriam, Arieh et Gabriel est un héros dans les territoires perdus de la République.

« Et ce jour où des gilets jaunes ont prêté main forte à la police pour livrer des migrants qui étaient cachés dans un camion? Tu vois la gauche, là dedans, toi? « 

Dit Joann Sfar dans un de ses commentaires, ce propos révèle les raisons profondes de son aveuglement idéologique. La gauche s’ingénie depuis toujours à nier le racisme et la haine qui habitent tant de ceux qui arrivent chez nous en masse. Le racisme anti-blanc n’existe pas affirme Rokhaya Diallo, de là à affirmer que le seul véritable antisémitisme est celui des blancs il n’y a qu’un pas, il est donc tout à fait logique que Joann Sfar, en « véritable homme de gauche », ne voie d’antisémitisme que chez ces Gaulois qui défilent chaque samedi depuis maintenant trois mois, l’antisémitisme musulman n’en est pas véritablement un. On comprend ainsi pourquoi, aux yeux du père du chat du rabbin, l’explosion des actes antisémites date du mouvement des gilets jaunes.

Mais revenons à ce que Monsieur Sfar considère comme le coeur de son argumentation :

« Et comment pourrait-on les faire taire dans un mouvement sans service d’ordre ni représentants légitimes? les gilets-jaunes, c’est tout le monde et c’est personne, c’est l’inauguration d’un mouvement où personne n’est responsable de rien, puisque le seul ciment de ceux et celles qui participent au mouvement, c’est leur colère, sans doute légitime, et leur rage, dont les manipulateurs de tous poils savent bien quoi faire. Et on ose me dire que dans ce climat un tag « JUDEN » sur une vitrine n’a rien à voir avec le mouvement? Je ne crois pas qu’un tel tag aurait été possible en France avant le mois de Novembre. « 

Nous venons de voir que non seulement un tel tag aurait été possible avant le mouvement des gilets jaunes, mais que bien pire a déjà été commis depuis longtemps, inutile d’enfoncer le clou, mais peut-être s’indigne-t-il de ce que les faces de craie osent, elles aussi vomir à leur tour leurs saloperies en public ce qui est autrement plus grave à ses yeux que froidement tuer une fillette d’une balle dans la tête. Quand on est un enfant de l’immigration, on est ontologiquement bon. Mais ne faisons pas de procès d’intention, ce serait en fait sombrer dans un travers que l’on dénonce chez lui, justement ; restons factuels.

Pourquoi le mouvement des gilets jaunes n’a-t-il pas de service d’ordre ni de représentants légitimes ? L’évidente réponse est que les Français se sentent trahis par leurs élites, ils se méfient instinctivement des partis et des syndicats. Il serait fastidieux d’énumérer toutes les trahisons qu’ils ont dû supporter sans rien dire, mais prenons deux exemples emblématiques : le traité de Lisbonne qui a été une façon de montrer que l’on se moque bien de la volonté populaire qui s’était clairement exprimée dans le référendum de 2005 sur la constitution européenne, et la disqualification de toute contestation de notre politique migratoire, l’assimilant odieusement à du racisme.

« Au même titre que le Brexit ou l’élection de Trump, ce n’est pas un mouvement populaire mais bien une immense manipulation au service du spectacle. »

Nous voici, avec ce passage extrait d’un commentaire de notre génial dessinateur, au coeur du problème de la gauche bon chic bon genre, de la gauche de Terra Nova, et de tout ceux qui à l’image de Monsieur Macron ne veulent plus de ce peuple qui roule au diésel et fume des clopes. En Occident la gauche a trahi le peuple, la droite la Nation comme le résume Charles Gave dans une courte intervention dont il a le secret. Le peuple est donc parti voir ailleurs, et quand Monsieur Sfar écrit dans un de ses commentaires :

« Mais l’orchesration de ce qu’on vit depuis Novembre est aussi peu naturel que le fut le Brexit ou l’élection de Trump. »

Il se trompe encore une fois du tout au tout, trop ébloui par les ors de Davos, il n’y a au contraire rien de plus naturel que cette révolte des peuples contre leur asservissement par une oligarchie mondialiste. Reprenant telle quelle la rhétorique macronienne, il cherche dans un improbable complot les raisons de cette révolte, à l’image des démocrates américains il ne peut pas admettre la rébellion des déplorables et pour noircir le tableau, suivant en cela une presse aux ordres, il monte en épingle les actes antisémites qui se déroulent en marge du mouvement de ras le bol populaire. Si Monsieur Sfar était à ce point soucieux de l’antisémitisme, il devrait se réjouir de l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump, un véritable ami des juifs, dont une partie de la famille est juive, mais non, une fois encore l’idéologie de la haine de soi triomphe.

Je crois que l’aveuglement idéologique de Monsieur Sfar, est maintenant patent, il ne fait que régurgiter ce que la classe privilégiée politico médiatique répète à l’envi, il en est un parangon. Reste cependant que la montée de l’antisémitisme est préoccupante. Comme il le souligne très justement pourquoi si peu de voix s’élèvent-elles pour dénoncer cette horreur que l’on croyait enterrée ? Un ami me disait récemment :

« Crois-tu que s’il n’y avait eu que les victimes de l’Hypercacher cinq millions de français avec à leur tête tous les chefs du Monde auraient défilé ? A l’occasion de la manifestation à la mémoire de Ilan Halimi nous ne fûmes que trente ou trente cinq mille à défiler et un seul homme politique, De Villiers, et sans faire la chasse au faciès je peux t’assurer que peu nombreux furent les non juifs parmi nous. »

Voici notre véritable problème et il n’a rien à voir avec les gilets jaunes en particulier mais avec l’Occident en général, je suis triste de constater que le chat du rabbin n’arrive pas à convaincre son créateur de son aveuglement. À moins que lui aussi soit contaminé… Non ce n’est pas possible, le chat du rabbin est trop sage pour cela.

 

5 réflexions sur « Mais où est le chat du rabbin ? »

  1. Bravo !
    Cette pseudo analyse de Joann Sfar est, comme vous l’avez montré, totalement biaisée surtout quand on sait que le propriétaire de la boutique lui-même a déclaré qu’il était fort improbable que le graffiti ait été le fait des G.J.
    G.Bensoussan, l’auteur des « Territoires perdus de la République  » qui a dénoncé depuis longtemps l’antisémitisme des banlieues dit que cette accusation vise à discréditer le mouvement tout en reconnaissant que chez les GJ il y a, comme partout, des antisémites et qu’il faut être vigilant parce que, comme dans tous les mouvements inorganisés, les risques d’une dérive ne sont pas négligeables.

    1. Hello Guenièvre, merci beaucoup ! Je ne savais pas que G. Bensoussan avait pris position, quel courage une fois encore, nous manquons d’hommes de son envergure. Oui, je suis très inquiet de ce regain de l’antisémitisme moi aussi, inquiet et totalement désarmé…
      Je vous souhaite une excellente journée.

    2. Bonjour Guenièvre, merci beaucoup ! Je ne savais pas que Georges Bensoussan avait pris position sur cette lamentable affaire, quel courage une fois encore, nous manquons d’hommes de cette trempe ! Oui, bien sûr, il faut rester vigilant et pas seulement chez les gilets jaunes, nous vivons des temps incertains…
      Bonne journée.

  2. https://www.youtube.com/watch?v=jCouwlIb-vw

    http://www.tribunejuive.info/israel/georges-bensoussan-fait-salle-comble-un-discours-realiste-et-source-de-reflexions

    « Enfin, j’ai beaucoup apprécié ces échanges et l’écoute de l’audience face à la description ou à la mise en perspective de certains phénomènes comme celui de l’antisémitisme des Gilets Jaunes, qui n’est qu’un outil utilisé pour discréditer ce mouvement. Quand on prend le temps d’expliquer les éléments complexes qui composent l’actualité, on est entendu.  »

    Voici les déclarations de Bensoussan, la première date  du 20 décembre 2018, la deuxième du 1er janvier 2019.

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