Le feu au lac

Monsieur François-Marie Bréon,

En réponse à votre article. Non, Hansen ne prédisait pas une hausse conforme à ce que nous observons, c’est du moins l’avis de Ross McKitrick et John Christy dans cet excellent article paru l’an passé sur le blog de Judith Curry, Climate etc. D’ailleurs puisque nous en parlons : non, les scientifiques ne sont pas unanimes sur la question du réchauffement climatique. Si la plupart d’entre eux ne nient pas que l’activité humaine puisse avoir un impact sur le réchauffement actuel, ils ne sont d’accord ni sur l’ampleur de cet impact, ni sur les mesures qu’il faut prendre face à lui. Par exemple Bjorn Lomborg pense que les politiques proposées pour résoudre les problèmes liés au réchauffement climatique, qu’il soit d’origine humaine ou pas, sont inadaptées.

Vous dites :

on est passé du climat « froid » d’il y a vingt mille ans à un climat semblable à celui d’aujourd’hui en environ dix mille ans.

Comment se fait-il alors que l’on retrouve des souches d’arbre vieilles de plus de 2000 ans sous le glacier de Mendenhall en Alaska ?

Les prévisions du GIEC ne se sont pas révélées très fiables, mais surtout on comprend mal comment il est possible de prédire le comportement d’un système chaotique comme le climat par définition imprévisible tant les paramètres entrant en jeux sont nombreux et d’une extrême sensiblité. Lorsque vous dites, par exemple : 

On sait qu’une atmosphère plus chaude contient plus d’énergie. On peut donc s’attendre à des événements météorologiques plus violents bien que leur nature et leur localisation exactes restent indéterminées.

N’avouez-vous pas finalement votre incapacité tant les termes que vous employez sont vagues ?

Mais comment des ignorants comme nous peuvent-ils se faire une idée de la valeur des déclarations alarmistes qui nous annoncent l’apocalypse depuis des années ?  Je crois qu’un marqueur indiscutable de mauvaise foi est la violence extraordinaire des propos des tenants du catastrophisme. Les calomnies, les mensonges et les méthodes d’intimidation qu’ils n’hésitent pas à utiliser sont tellement éloignés de la sérénité que l’on attend de débats scientifiques que l’on peut légitimement douter du bien-fondé de leurs affirmations. Est-ce bien scientifique de traiter les gens qui ne sont pas d’accord avec vous de négationnistes ?

Déjà en 2005 Richard Lindzen publiait dans le Wall Street Journal un article intitulé  un Climat de peur. Richard Lindzen n’est pas le premier venu, titulaire de la chaire Alfred P. Sloan en sciences atmosphériques au MIT, il dénonce dans cet article le climat d’intimidation régnant sur la recherche climatologique :

Les scientifiques qui s’opposent à l’alarmisme ont vu leurs subventions disparaître, leur travail tourné en dérision et eux-mêmes diffamés et traités de laquais de l’industrie, de scientifiques de bas étages ou pire encore. Ainsi, les mensonges sur les changements climatiques gagnent en crédibilité même lorsqu’ils vont à l’encontre de la science qui est censée être leur fondement.

 Il ajoute un peu plus loin :

Ce n’est pas seulement que les alarmistes claironnent les résultats de modèles dont nous savons qu’ils sont erronés. C’est qu’ils annoncent des catastrophes qui pourraient ne pas se produire même si les modèles étaient juste pour justifier de politiques coûteuses de prévention du réchauffement planétaire.

 Et aussi :

L’alarmisme plutôt qu’une véritable curiosité scientifique est, semble-t-il, essentiel au maintien des financements. Seuls les scientifiques les plus chevronnés aujourd’hui peuvent s’opposer à ce coup de vent alarmiste et défier le triangle de fer des climatologues, des défenseurs de l’orthodoxie climatique, et des responsables politiques.

Les choses ne se sont pas améliorées depuis 2005.

En 2014, le chimiste belge Istvan Marko, chercheur à l’Université Catholique de Louvain, devait faire une conférence dans une librairie universitaire pour la sortie de son dernier ouvrage. La conférence a été annulée par la librairie sous la pression de collègues du chercheur qui considéraient ses thèses sur le climat intolérables. Il a osé, en particulier, affirmer que l’étude de carottes de glace sur le site de Vostok montre que l’augmentation de la température a été la cause du dégazage des océans, et en particulier du rejet de gaz carbonique dans l’atmosphère et non l’inverse.

La Racketeer Influenced and Corrupt Organizations Act  est une loi édictée en 1970 aux États-Unis pour lutter contre la mafia. En 2015 le sénateur républicain Sheldon Whitehouse proposa très sérieusement d’utiliser cette loi pour poursuivre ceux qui, en toute connaissance, trompent le public en minimisant les dangers du gaz carbonique et du changement climatique.

Ces deux exemples ne sont qu’un maigre échantillon des pressions de toutes sortes que subissent ceux qui sortent  du droit chemin.

Ne pas afficher un soutien sans faille aux thèses du GIEC sur le rôle central du gaz carbonique dans le réchauffement climatique, c’est prendre le risque de se faire vilipender par l’université, les médias, et les militants écologiques. Beaucoup de tenants du catastrophisme sont mus par la foi et l’idéologie plutôt que par la recherche de la vérité.

Vous inventez un consensus scientifique pour mettre en exergue la solidité des arguments du GIEC, mais au-delà de ce mensonge (Richard Lindzen, Judith Curry, Roy Spencer, Freeman Dyson, Ivar Giaver (prix Nobel), ne partagent pas votre opinion, il me semble), c’est en politique que le consensus est important pas dans les disciplines scientifiques où l’on recherche plutôt la vérité étayée par des procédures incontestables et reproductibles. Il n’existe visiblement pas de propositions falsifiables permettant d’affirmer l’origine humaine d’un réchauffement climatique catastrophique, on imagine sinon qu’on le chanterait sur tous les médias, n’est-ce pas ?

Ne serait-ce que pour ces quelques raisons que tout un chacun peut vérifier, elles ne demandent pas de connaissances scientifiques particulières, nous devrions prendre des distances avec l’hystérie climatique actuelle.

Peut-être avez-vous raison, et vous êtes certainement un honnête homme, mais rien de ce que vous venez d’écrire dans cet article me porte à penser que je devrais croire votre point de vue et celui du GIEC plutôt que celui de vos opposants. Je dirais même que les procédés employés par ceux de votre camp me poussent à me méfier d’eux.

Je voudrais conclure par une déclaration de Judith Curry que vous trouverez dans l’article de Wikipédia qui lui est consacré :

J’ai été en discussion avec des sceptiques depuis 2006. (Avant de lancer Climate Etc., je discutais surtout à Climate Audit.) Il y avait des gens qui avaient des soupçons et se demandaient ce que je trafiquais, mais la diffamation n’a commencé que quand j’ai recommandé la lecture du livre The Hockey Stick Illusion. Le livre lui-même et encore plus la diffamation dont j’étais l’objet pour le seul motif d’en avoir recommandé la lecture ont précipité mon évolution et m’ont amenée à contester agressivement le consensus qui règne quant au GIEC… Je tire l’amère conclusion qu’ouvrir votre esprit sur ce sujet vous met sur la pente savonneuse de contester de nombreux aspects du consensus dont bénéficie le GIEC.

Peu après avoir lancé Climate Etc., j’ai reçu ce courriel d’un collègue :

Il y a quelques années, j’ai commencé à discuter avec un sceptique qui était parvenu à passer à travers mon filtre « ignorer les sceptiques ». Il a un diplôme d’ingénieur et est très compétent. Mon axiome « tous les sceptiques sont des hommes des cavernes » s’est écroulé et ma vision du débat sur le climat a changé irréversiblement.

Ouvrir votre esprit en cette matière est une pente savonneuse qui vous amène à écouter ce que les sceptiques ont à dire. Certes, il y a beaucoup de cinglés parmi eux, mais il y a du scepticisme très sérieux à ClimateAudit et sur d’autres blogs techniques plus ou moins sceptiques. J’aspire à voir se développer un club d’hérétiques du climat, où des gens soutenant en gros le consensus GIEC, ou l’ayant soutenu, osent mettre certains de ses aspects en question.

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